Mes Voeux aux Mulhousiens

par Jean Rottner

Nous sommes tous profondément touchés. L’onde de choc s’est propagée dans le monde entier. Nous n’avons jamais connu une telle mobilisation. Elle montre la gravité de ce qui vient de nous arriver.

Le temps de l’émotion s’achève. Est venu le moment du questionnement. Il est terrible. Ne soyons pas naïfs. La planète entière n’est pas Charlie.

Et je vous le dis ce soir, comme je le pense : nous n’avons pas vocation à aller de catastrophe en catastrophe, de pleur en pleur, de Charlie en Charlie. Nous sommes en guerre. Nous devons réagir.

Nous sommes en guerre depuis longtemps déjà sur les territoires étrangers. Pleurant un otage ou des militaires qui ont donné leur vie au nom de nos valeurs.

Le théâtre des opérations a simplement changé. C’est maintenant en France que le combat a lieu. Ce sont des Français qui ont massacré d’autres Français. Nos valeurs ont été bafouées. Les fondements de notre démocratie ébranlés. La France a été attaquée au cœur.

Nous sommes en guerre. Et d’abord contre nous même. Dans notre pays, nous nous complaisons depuis trop longtemps dans des lieux communs. Dans des excuses. Dans des explications qui tendent à pardonner l’impardonnable.

« A vouloir tout comprendre, on finit par tout accepter » écrivait déjà Saint-Augustin.

A vouloir tout accepter, nous en sommes venus, dans notre pays, à nous justifier pour exposer des crèches à Noël !

Nous refusons de regarder les difficultés en face, nous ne savons plus faire des choix courageux.

Pour autant, je ne laisserai pas tout dire de la France. Bien sûr, je refuse la stigmatisation et l’amalgame. Mais je revendique la possibilité de dénoncer ceux qui voudraient que la parole publique soit convenue, manipulable et donc faible.

La France des droits de l’homme, terre d’asile, généreuse et fraternelle doit dorénavant revêtir ses habits d’exigence et de fermeté.

Certains mots peuvent parfois donner le sentiment de blesser mais ils ne doivent plus servir d’alibi pour ne pas répondre aux questions

Quels comportements pouvons-nous accepter ou refuser ?

Pouvons-nous continuer à accepter que la laïcité soit utilisée par certains pour imposer, sous prétexte d’égalité, l’expression de croyances qui bafouent notre idéal républicain

Nous devons dire non !

Pouvons-nous continuer à accepter que l’autorité de l’Etat, du policier, du juge soit sans cesse contestée ?

Nous devons dire non !

Pouvons-nous laisser nos lois inappliquées ? Pouvons-vous continuer d’accepter le port du voile intégral dans l’espace public ?

Nous devons dire non !

Pouvons-nous laisser notre système scolaire exsangue ? Pouvons-nous laisser nos enseignants se battre, seuls, pour palier toutes les carences de la société ?

Nous devons dire non !

Je veux une République qu’on respecte et qui se respecte :

C’est une République qui, dans les toutes prochaines semaines, doit prendre des décisions fortes :

• L’accès au territoire français doit être interdit à ceux qui sont partent à l’étranger pour se former aux méthodes terroristes contre nous.

• Nous devons réfléchir au moyen d’interdire les sites internet qui prônent le terrorisme et punir ceux qui les consultent;

• Nos forces de l’ordre, particulièrement vulnérables face aux armes de guerre, doivent être mieux équipées ;

• Les Maires doivent être systématiquement informés de la présence, sur leur commune, de djihadistes présumés. Les Maires doivent devenir, comme c’est déjà le cas à Mulhouse, des acteurs de la lutte contre la radicalisation.

Une République qu’on respecte doit clairement dire à ses différentes communautés que chacun doit accepter les exigences, les traditions et le mode de vie de son pays d’accueil.

Mulhouse est un creuset. Les cultures multiples. Le concordat. Le dialogue inter-religieux. Autant de spécificités qui nous imposent de réfléchir, ensemble, au moyen de revivifier le pacte républicain. Aucun de nous ne peut s’en exempter.

Vivre en France, qu’est-ce que cela signifie ? Faut-il banaliser la diversité ou valoriser l’unité ? A quoi cela nous engage-t-il ici à Mulhouse ?

Parce qu’il n’y a pas d’autre solution contre l’amalgame que la clarté, il faut que chacun prenne ses responsabilités et s’engage à combattre les racines du mal.

Je ne laisserai pas tout faire ici à Mulhouse.

Je ne laisserai pas prospérer les comportements de haine, racistes, antisémites ou islamophobes.

Nous sommes en France et il va falloir accepter désormais ce que cela signifie : tolérance, respect de l’autre, laïcité d’intelligence, égalité non négociable entre les hommes et les femmes.

Le pacte républicain c’est l’affaire de tous.
Depuis lundi, j’ai consulté de nombreux acteurs de la vie locale : directeurs d’écoles, responsables des cultes, journalistes, avocats, représentants syndicaux, centres sociaux.
Je poursuivrai mes rencontres prochainement avec les parents d’élèves, le monde culturel, les pompiers…. Les mêmes mots reviennent : République, fermeté, autorité, éducation, responsabilité collective.
Je prends dès aujourd’hui les initiatives suivantes :
• Nous devons tenir compte de la mobilisation de ces derniers jours. Il est donc nécessaire d’écouter vos aspirations dans ce moment républicain. A ma demande, des Mulhousiens ont accepté de mener une concertation citoyenne (publique) pour proposer des solutions concrètes à notre ville.
• J’ai demandé à un groupe de directeurs d’écoles de réfléchir au moyen de renforcer l’éducation républicaine des plus jeunes : instruction civique mais aussi enseignement du fait religieux repensé. La laïcité n’a rien à craindre de la connaissance des religions.
• Je souhaite développer le partenariat avec les autorités judiciaires pour conforter l’autorité, et tout particulièrement l’autorité parentale : rappel à l’ordre, mise en œuvre de la responsabilité pénale dans les cas les plus graves, mais également accompagnement des familles en difficulté éducative.
• Des Mulhousiens laïcs, ayant des liens personnels avec la culture musulmane, m’ont proposé d’apporter leur contribution au bien commun. J’ai accepté à une seule condition : il ne s’agira pas d’une instance de « médiation » car il n’y a pas de clivage entre « eux » et « nous » mais d’une instance de réflexion pour enrichir notre démarche citoyenne
Ces initiatives devront déboucher sur un plan d’actions, qui sera rendu public dès le mois de mars.
Mesdames et Messieurs, Chers amis,
A l’entrée de la salle ce soir, on vous a distribué un bracelet bleu blanc rouge. Il revêt un sens tout particulier aujourd’hui : Mulhouse c’est nous tous ce soir. 25 000 Mulhousiens ont répondu présent pour la marche républicaine de dimanche dernier.

Cet élan ne doit pas retomber. J’ai plus que jamais besoin de vous tous
Parce que la politique est en train de changer. Les élus vont devoir apprendre à fonctionner différemment : gérer une collectivité, ce n’est plus faire « à la place de ». C’est rassembler, coordonner.
C’est faire le choix de la confiance, rechercher les compétences partout, accepter l’expertise d’usage.
Dans notre ville, les ressources ne sont pas rares. La richesse de notre tissu entrepreneurial et associatif le prouve. A nous de valoriser ces ressources, cette capacité d’initiative citoyenne.
C’est tout le sens de cette démarche que j’ai lancée en octobre avec le Forum Citoyen « Mulhouse C’est Vous ».
Vous étiez près de 5 000 à participer à ces deux jours d’échanges autour de la démocratie locale, pour forger une nouvelle gouvernance de la Cité.
Le temps de l’action est venu :
✓ Les conseils de quartiers seront transformés en conseils citoyens, présidés par un habitant, et seront mis en place fin avril.
J’irai a la rencontre des mulhousiens, lors de 3 réunions publiques organisées prochainement, échanger avec vous sur les objectifs que nous nous fixons dans cette démarche.
✓ Les compétences de la collectivité au service de l’intelligence collective seront regroupées au sein d’une « agence de la vie citoyenne » chargée de mettre en place notre label « Territoire Hautement Citoyen » ;
✓ De nouveaux outils numériques nous permettront de renforcer, de simplifier et de faciliter le débat mulhousien : consultations, pétition en ligne, plateforme de mise en relation, budget participatif.
J’en suis convaincu : Une ville intelligente, c’est avant tout une ville qui rassemble toutes les intelligences disponibles. C’est ce que je vous propose : travaillons ensemble au bien commun, fédérons nos énergies, construisons ensemble les solutions.
Aucun sujet, d’ailleurs, n’échappe à cette contribution citoyenne. La sécurité par exemple.
C’est un sujet important ici à Mulhouse. Nous avons déjà obtenu des résultats significatifs: entre 2012 et 2014, les violences urbaines ont reculé de plus de 50%, les feux de véhicules de près de 60%.
Le 31 décembre a été une vraie réussite grâce au partenariat fort entre les services de l’Etat, la justice, les forces de l’ordre et nos services.
Le 31 décembre a été une vraie réussite aussi parce que les actions préventives ont été renforcées par une dynamique citoyenne, menée par les associations et les habitants des quartiers. C’est bien la démonstration que nous devons compter les uns avec les autres.
Et ce, de plus en plus, parce que nos moyens diminuent au fur et à mesure que l’Etat se désengage.
Incapable de se réformer, le Gouvernement a trouvé la solution de facilité : rançonner les collectivités en réduisant de manière drastique leurs moyens pour les trois prochaines années. C’est, ni plus ni moins, une « taxe Hollande ».
Pour Mulhouse, l’effort est intenable : -21M € d’ici à 2017.
Il est d’autant plus injuste qu’on demande les mêmes efforts à une ville riche et à une ville à faible potentiel fiscal, comme Mulhouse, qui, pour s‘en sortir, doit investir et innover.
Cela nous oblige à prendre des décisions radicales : réduction de nos investissements, réduction du nombre de postes dans la collectivité, suppression de manifestations publiques, diminution des subventions et progression fiscale modérée. Par souci de solidarité, les élus vont décider de réduire leurs indemnités.
Nous n’avons pas le choix parce que je refuse de laisser cette ville s’endormir, dériver, s’enliser dans les difficultés.
Je ne serai pas le Maire du renoncement. Je ne serai pas le Maire qui mettra en cause la qualité du service public. Qui fermera des équipements sportifs, le théâtre, les Musées.
Je veux me battre pour notre ville, pour lui donner les moyens d’avancer, de progresser, de conquérir la place qu’elle mérite. Nous le méritons. Vous le méritez.
Si je suis contraint de faire des choix, mes priorités n’ont pas changé : l’éducation, la jeunesse, la famille, voilà encore et toujours les priorités clairement affichées de mon mandat municipal.
Nous devons former nos jeunes, leur ouvrir des perspectives, valoriser les talents. Nous devons aider les familles, toutes les familles, les plus fragiles et celles aussi qui se portent bien et méritent notre soutien :
• C’est le sens du plan de rénovation de nos écoles, en cours de réalisation (35 millions €).
• C’est le sens de la prise en charge, par la ville, de 60% du coût annuel des transports en commun pour les moins de 16 ans. Une économie de 160€ par enfant pour chaque famille.
• C’est le sens du soutien financier futur à la pratique sportive des enfants, indispensable pour construire leur équilibre.
D’autres efforts sont indispensables pour produire aujourd’hui la ville de demain :
• Je vous avais promis la création d’une cité numérique. Elle est prête et prendra le nom de Km0 à la Fonderie.
• Le site DMC entame sa reconversion autour de l’expérience culturelle internationale de MOTOCO et de son prolongement Openparc.
• L’Université de Haute Alsace, elle aussi innove et accueillera en 2015 la première promotion de sa licence professionnelle en développement informatique, parrainée par le créateur de jeux vidéo d’origine mulhousienne David CAGE.
Nous allons multiplier ces expériences pour utiliser toutes les compétences et offrir un horizon professionnel à tous nos jeunes. Notre jeunesse mulhousienne est un sérieux atout. Elle nous bouscule souvent. Tant mieux. Parce que cette nouvelle génération possède déjà les codes qui faciliteront notre adaptation à ce monde en perpétuelle accélération.

Pour nous en sortir, notre collectivité doit innover sans cesse. C’est ce qu’elle fait :
• la dématérialisation est pratiquement achevée : conseil municipal, courrier, facturation, signature sont en passe de devenir totalement électroniques.
• Nous avons été les premiers à déployer du Wifi public haut-débit linéaire et gratuit.
• Mulhouse sera aussi une des premières villes en France à vous offrir des compteurs individuels pour suivre et maîtriser vos consommations d’eau, d’énergie, de chauffage.
Ce ne sont pas des gadgets : c’est plus de simplicité, du temps et de l’argent économisé pour chacun d’entre nous. A moyen terme, ce sont aussi des entreprises qui s’installent et des emplois créés.
Mulhouse ville attractive: pour les autres mais aussi pour les Mulhousiens. Voilà mon challenge. Mulhouse doit retrouver la fierté d’elle-même. Pour mieux défendre l’Alsace.
Vous le savez, l’Alsace me tient à cœur. Nous sommes tous Alsaciens. Avec la pétition Alsace, je vous ai invités à relever la tête. Cette mobilisation a été un vrai succès : 62 000 signataires, 250 motions adoptées en Conseil Municipal.
Ce succès nous montre le chemin : pour préserver son âme, l’Alsace doit être unie. C’est la seule stratégie qui vaille dans cette future grande région Est, qui s’étendra des Portes de la Seine aux rives du Rhin.
De Ferrette à Wissembourg, nous devons parler d’une seule voix :
✓ Pour défendre le statut de Strasbourg capitale ;
✓ Pour défendre Mulhouse, 2ème pôle urbain devant Nancy, Reims et Metz.
Dans cette grande région qui nous est imposée, les atouts du pôle alsacien sont nombreux : nous avons le premier PIB régional par habitant, le taux de chômage le plus faible, la plus forte proportion de diplômés.
A nous rassembler ces atouts pour construire un projet politique fort, une Alsace moderne et ambitieuse. L’Alsace n’est pas isolée, elle n’est pas repliée sur elle-même. Elle est fière de son identité et elle entend la défendre.
Dans cette grande région, je souhaite que l’agglomération de Mulhouse puisse obtenir les équipements conformes à son statut de 2ème plus grand pôle urbain :
• Mulhouse est un pôle industriel et universitaire majeur.
• Mulhouse est un pôle innovant en matière de développement durable et de nouvelles technologies.
• Mulhouse bénéficie d’infrastructures routières, ferroviaires, aéroportuaires exceptionnelles, saluées cette année encore par le Palmarès du magazine économique « l’Expansion ».
C’est pourquoi j’exigerai que la réorganisation de l’Etat déconcentré nous profite davantage.

Soyons confiants dans notre avenir. Mulhouse change, Mulhouse bouge, Mulhouse se métamorphose. Ceux qui s’en sont tenus éloignés longtemps en sont frappés quand ils reviennent.
Pour réussir ce pari audacieux de transformer notre ville, je sais pouvoir compter sur mon équipe municipale. Elle est solide, elle est dévouée. Elle est faite d’hommes et de femmes courageux et engagés.
2015 sera donc une année d’efforts. Mais aussi une année d’ouverture et d’espoir. Une année où nous célébrons nos racines.
15 janvier 2015, 1515. Pour les Français, c’est le 500ème anniversaire de la bataille de Marignan. Pour nous, c’est aussi le 500ème anniversaire de l’alliance de Mulhouse avec les cantons suisses. Nous célébrerons cet anniversaire le 13 juillet à Mulhouse, le 31 juillet à Bâle. Je tiens à saluer ce soir l’amicale présence parmi nous de M. François DISERENS, Consul honoraire de Suisse.
Célébrer nos racines, les jours de joie, comme les jours de tristesse, c’est conforter notre identité, y puiser de la force et aussi une source d’inspiration.
C’est pourquoi je ferai de 2016, 110ème année de la réhabilitation du capitaine Dreyfus, une année Dreyfus à Mulhouse. C’est un symbole fort. Qui a valeur d’exemple au moment où l’Alsace est malmenée dans la réforme territoriale, où la France est atteinte, inquiète pour son avenir.
Calomnié, outragé, condamné, le capitaine Alfred Dreyfus n’a jamais renoncé à défendre son honneur. Malgré le bagne, l’injustice, l’antisémitisme dont il a été victime.
Nous autres alsaciens, nous ne renonçons pas facilement. Nous sommes tenaces. Je suis particulièrement tenace.

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