Migrants – L’appel du maire de Mulhouse à François Hollande

par Aubin Brandalise

Face à la problématique des migrants à laquelle sont confrontées les communes, j’ai adressé un courrier au Président de la République pour lui demander de lutter contre l’immigration clandestine et de mettre en place un véritable droit d’asile en France.

Monsieur le Président de la République,

Depuis quelques semaines maintenant, l’Europe  vit au rythme de la crise dite des migrants. La déstabilisation au Moyen-Orient, et notamment en Syrie, produit un véritable exode comme nous en avons connu en d’autres temps. Des temps de tristesse et de guerre. Nous ne pouvons rester insensibles face à ces cohortes humaines, ces familles qui affrontent l’exil, proies des passeurs, victimes d’une désorganisation qui donne une piètre image de cette Europe dont nous étions si fiers et surtout de son fonctionnement, cible favorite des extrémismes.

Comme d’autres responsables européens, vous avez pris un engagement, celui d’accueillir, au nom des valeurs qui fondent notre République, une partie de ces migrants. Cet engagement, vous l’avez pris cependant par procuration. Parce que la réalité, nous la connaissons tous : ce sont les communes, comme souvent, qui auront à organiser, dans la durée, la prise en charge de ces demandeurs d’asile.

Logement, scolarisation des enfants, cours de français pour les parents, accès aux soins : ce sont les communes qui seront en première ligne. Dans un contexte – quelle ironie ! – où elles affrontent déjà avec beaucoup de difficultés la baisse drastique des dotations de l’Etat.

Je l’ai dit dès le départ, sans tapage médiatique inutile : je ne refuserai pas de prendre ma juste part dans cet effort de solidarité. En tant qu’homme, en tant que médecin, je ne peux pas fermer ma porte.

En tant qu’élu, Maire de Mulhouse, la plus pauvre des villes de plus de 100 000 habitants, soumis à l’obligation d’accueillir près d’un millier de demandeurs d’asile par an, concentrant la moitié des places d’accueil de tout le département, contraint l’an passé de prêter main-forte à l’Etat pour mettre en place un abri de nuit en hiver, je dois aussi peser mes décisions en responsabilité.

Comment imposer à mes concitoyens ce nouveau fardeau ? Comment justifier cet effort supplémentaire alors que nous acceptons en continu des demandeurs d’asile qui ne répondent pas aux critères mais restent sur le territoire national, et qui viennent alourdir chaque année le fardeau que génère leur présence ?

Alors, Monsieur le Président de la République, je ne vois qu’une solution raisonnable pour concilier ces deux exigences d’humanité et de responsabilité : stopper le dévoiement perpétuel de ce droit d’asile, détourné par des migrants économiques, dont on peut s’accorder qu’ils ne sont pas une priorité en rapport à ceux qui risquent leur vie.

Je vous le propose. Donnez à notre Pays les moyens d’accueillir réellement et dignement ceux qui en ont un si urgent besoin aujourd’hui en raccompagnant hors de nos frontières ceux qui n’ont aucun droit d’y demeurer. Acceptez enfin d’affronter cette immigration clandestine au profit d’un véritable droit d’asile, qui constitue le fil rouge de notre Histoire et perpétue nos valeurs.

Pour dix immigrés reconduits à la frontière, nous pourrons alors offrir à deux réfugiés une chance de s’intégrer dans de bonnes conditions, sans donner le sentiment de léser nos compatriotes auxquels tant de générosité est parfois refusée.

Il n’est plus concevable aujourd’hui d’accepter sur notre territoire des personnes qui ne sont pas éligibles au droit d’asile au détriment des vrais réfugiés. L’Etat ne peut pas demander aux communes de « faire leur devoir » quand lui-même y renonce.

Nous sommes, Monsieur le Président de la République, à un tournant de notre Histoire. La crise des migrants, le calvaire enduré par ces femmes et ces enfants jetés sur des routes souvent hostiles, appellent des mesures fortes. L’humanisme n’empêche pas la fermeté et la clarté. Comme Maire, il m’appartient de protéger mes concitoyens. La proposition que je vous fais aujourd’hui n’a pas d’autre objectif.

Je vous prie de croire, Monsieur le Président de la République, en l’assurance de ma très haute considération.

Jean ROTTNER

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Il y a 1 commentaire sur
Migrants – L’appel du maire de Mulhouse à François Hollande

  • Très beau texte et combien judicieux ! Merci même si je pense que, compte tenu de la situation à la tête de outre république, il restera lettre morte

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