Montréal, entre ville intelligente et coopération numérique

par Caroline POROT

Je rentre d’un voyage d’étude de 4 jours à Montréal au cours duquel j’ai assisté à la première édition nord-américaine du Smart City Expo, salon des villes intelligentes qui existe depuis plusieurs années à Barcelone. Ce déplacement, effectué sous la casquette de maire de Mulhouse mais aussi de co-président des Commissions numériques de l’AMF et de l’AMGVF, visait plusieurs objectifs :

 Etudier la mise en œuvre du « Bureau de la Ville Intelligente et Numérique (BVIN) » de Montréal ;
 Accompagner une délégation de chefs d’entreprises alsaciens pour nouer des contacts, favoriser l’export ou l’implantation de nos entreprises au Québec et des entreprises canadiennes en Alsace ;

 Favoriser des partenariats autour de KM0, le quartier numérique de Mulhouse qui accueillera dès le mois de septembre 2015 entreprises, écoles et start-up sur le site de la Fonderie, à proximité du campus de l’Université de Haute-Alsace.

Notre programme était particulièrement dense : nous avons rencontré des élus de Laval, Montréal et Magog (une villégiature connue pour son lac à proximité de la frontière américaine), visité 3 accélérateurs (la Maison Notman, le CEIM et Griffin Camp), découvert le « quartier de l’innovation ». Nous avons également rencontré le Consul général de France au Québec, le jeune créateur (mulhousien) d’un studio de jeu vidéo (Minority Media), la section UMP de Montréal.

J’ai également eu la chance d’échanger pendant près d’une heure avec l’un des principaux patrons de presse canadiens, éditeur de « la Presse plus », un journal gratuit créé sous forme d’appli téléchargeable sur Ipad, créé en collaboration avec Apple. L’avenir de la presse quotidienne, combinant richesse du contenu, interactivité et lectorat de masse garanti pour attirer les annonceurs. Un dispositif déjà adopté par le Toronto Star et qui intéresse également l’un des principaux éditeurs américains. Avant de conquérir le marché européen.

Des rencontres riches et passionnantes donc. Partout, nous avons croisé des Français (ils sont 100 000 à Montréal), souvent de jeunes chefs d’entreprises qui ont monté leur start-up, levé des fonds, créé des emplois. Ils racontent aisément l’état d’esprit « business friendly », la flexibilité du système, l’accès facilité aux capitaux privés. La phrase d’un compatriote exilé depuis 20 ans m’a particulièrement frappé : « En France, pour être, il faut avoir été. Ici, pour être, il faut juste avoir envie de faire ». Il ne faut pas s’y tromper, le système ne fait pas de cadeau, les aides ne tombent pas du plafond, il faut faire ses preuves. Mais le risque et le talents sont récompensés.
Ce séjour canadien, comme le précédent en 2013 qui a inspiré la démarche « Mulhouse c’est Vous », conforte ma vision d’une ville dont l’intelligence provient avant tout de la capacité à fédérer celle de ses habitants. Je reviens avec l’envie de communiquer davantage sur l’effort consenti par la collectivité pour financer chaque grand projet : au Québec, les panneaux annoncent au cent près les investissements et permettent de mieux appréhender le coût des choses.

Mes différents interlocuteurs m’ont confirmé aussi l’importance d’être un élu qui assume sa volonté de « faire du business ». Ce sont nos entreprises, nos emplois, l’avenir de nos jeunes qui est en jeu. Je n’hésiterai pas à aller solliciter les industriels du numérique pour parrainer KM0 : chaque accélérateur canadien a pu bénéficier d’une aide matérielle de Google, Microsoft ou Cisco. A nous de trouver le moyen d’offrir à ces enseignes visibilité et retour d’image. A nous de les séduire pour offrir aux étudiants, aux décrocheurs aidés par la « ligne numérique » (une école de la 2ème chance pour former les jeunes sans diplôme au multimédia) aux start-up le coup de pouce pour (re)démarrer.
Au final, Mulhouse aura gagné un peu de notoriété outre-atlantique et j’en suis fier. En particulier quand un élu québécois cite, pour achever son propos, les maires de Mulhouse et de New-York !

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